Centre pour personnes immigrantes

et leurs familles à Lévis

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BIBLIOTHÈQUE VIVANTE « RACONTE-MOI TON HISTOIRE… » : UN SUCCÈS SUR TOUTE LA LIGNE !

mardi, 27 février 2018

L’activité de sensibilisation « Bibliothèque vivante : Raconte-moi ton histoire… » organisée le dimanche 25 février dernier à la Bibliothèque Pierre-Georges-Roy de Lévis dans la cadre du Mois de l’histoire des Noirs s’est avérée un succès sur toute la ligne ! Au total, nos cinq « livres vivants » ont raconté leur histoire avec brio plus de 35 fois à quelque 50 personnes de tous âges pendues à leurs lèvres et avides de les questionner.

 Texte et photos: François Provost

En vue de mieux se connaître pour mieux vivre ensemble, l’événement ouvert au grand public voulait encourager des contacts directs et des échanges entre des personnes immigrantes de diverses origines de la communauté noire de Lévis et leurs concitoyens québécois de naissance. La principale intention de la « Bibliothèque vivante » était de favoriser une meilleure connaissance de leurs différentes cultures et de prévenir ou contrer les préjugés à leur endroit. 

Le concept de l’activité était calqué sur le fonctionnement d’une bibliothèque traditionnelle où l’utilisateur peut consulter une fiche résumé (physique ou virtuelle) pour l’aider à choisir le livre qu’il souhaite emprunter ou consulter… sauf que cette fois, les participants avaient le loisir de choisir la personne, ou le « livre vivant », qui lui raconterait sa propre histoire ou une histoire portant sur son pays d’origine durant une trentaine de minutes. Seuls, en famille ou en petits groupes de deux à quatre personnes, les participants sélectionnaient le ou les « livres vivants » qu’ils souhaitaient rencontrer à partir d’un catalogue proposant les titres de cinq conteurs originaires d’autant de pays. 

Les organisateurs du Tremplin remercient chaleureusement les personnes immigrantes bénévoles qui ont généreusement partagé leurs histoires, les « lecteurs » qui ont écouté et interagi avec eux, le personnel de la Bibliothèque Pierre-Georges-Roy pour leur accueil chaleureux ainsi que la Table de concertation de l’Histoire des Noirs de Québec pour son soutien. Compte tenu de la réussite de cette activité interculturelle, il est à parier que le concept sera renouvelé !

Et pour ceux et celles qui n’ont pas eu l’opportunité d’y participer, voici un résumé des sujets qui étaient proposés :

ALIOU GUEYE – SÉNÉGAL

Arrivée au Québec : 2011 - Statut : Résident permanent - Occupation : Étudiant, Maitrise en administration

« Méconnu Sénégal, pays d’exceptions et de paradoxes… »

Après des études universitaires de 3e cycle en littérature française et une expérience de 7 années comme professeur de lettres dans son pays, le Sénégal, Aliou Gueye débarque à Montréal le 5 avril 2011 avec l’ambition d’y poursuivre sa carrière. Rapidement confronté à l’impossibilité de faire reconnaître ses diplômes et à la difficulté de travailler, malgré son trilinguisme, il tente sa chance en dehors de la Métropole et s’établit à Lévis à l’été 2012 avec l’idée de reprendre ses études. Il y trouve rapidement un emploi bien rémunéré et s’inscrit à l’université.

Bien intégré au Québec, Aliou n’en demeure pas moins très attaché à son Sénégal d’origine. Il nous propose aujourd’hui un bref portrait pour le moins surprenant d’un peuple fier et épris de paix, exempt de tensions religieuses ou ethniques, où la parité hommes/femmes et la laïcité sont depuis longtemps institutionnalisées malgré une population à 95% musulmane. « Un pays d’exceptions et de paradoxes heureux », comme il se plait à le dire.

JEAN-HILAIRE BABINE – BURKINA FASO

Arrivée au Québec : 2007 - Statut : Citoyen canadien - Occupation : Infirmier

« Us et coutumes de familles africaines très, très élargies ! »

Parrainé par les Marianistes dirigeant le Collège catholique Saint-Jean-Bosco de Treichville, en Côte d’Ivoire, Jean-Hilaire Babine, infirmier diplômé d’État (IDE) au Centre médical chirurgical de Nanoro, au Burkina Faso, a mis sept ans pour franchir toutes les étapes lui permettant d’immigrer au Canada. Arrivé il y a une dizaine d’années et citoyen canadien depuis 2013, il est aujourd’hui diplômé du cégep de Lévis-Lauzon et termine actuellement son baccalauréat en sciences infirmières à l’UQAR, campus de Lévis.

Parmi les nombreuses différences culturelles avec son pays d’origine qui ont frappé Jean-Hilaire dès son arrivée au Québec, les us et coutumes des familles d’ici vs celles du Burkina Faso ne sont pas les moindres. Dans ce pays où se côtoie une soixantaine d’ethnies, dont chacune a sa propre histoire, sa langue et ses traditions, la structure familiale, très élargie, demeure complexe et omniprésente. À travers des exemples et anecdotes souvent amusantes, Jean-Hilaire nous parle de la famille burkinabè qui, tout en préservant ses traditions et ses richesses, s’adapte aux réalités du XXIe siècle.

CHANTAL MIRINDI – CONGO

Arrivée au Québec : Septembre 2014 - Statut : Résidente permanente - Occupation : Journalière chez Exceldor

« Du Congo au Québec… quand l’amour mène à l’immigration. »

Il y a tout juste trois ans, Chantal Mirindi foulait le sol canadien pour la toute première fois au bras de Marco, son époux québécois. Congolaise d’origine, elle est arrivée chez nous portée par les ailes de l’amour, qu’elle avait trouvé… sur un site Internet chrétien de rencontres!

Autrefois religieuse, Chantal était missionnaire en Afrique, œuvrant de village en village pour aider ses semblables, quand un doute est né dans son esprit. Avait-elle fait le bon choix? Elle rêvait tout-à-coup de connaître l’amour. Mais dans un pays où remettre ses vœux en question est très mal accueilli et où la plupart des trentenaires sont déjà mariés et bien établis, cela ressemblait à une mission impossible. Qu’à cela ne tienne, Chantal s’est tournée vers le Web… et l’international! Elle y rencontre Marco et, de fil en aiguille, les tourtereaux organisent leur rencontre, puis leur mariage au Congo et leur vie au Québec. Une histoire digne d’un roman que Chantal nous raconte de façon on ne peut plus imagée!

SUZIE LAURE FOPA DONGMO – CAMEROUN

Arrivée au Québec : 2012 - Statut : Citoyenne canadienne - Occupation : Adjointe administrative

« Faire sa place au Québec en tant qu’immigré, pas si facile ! »

Originaire du Cameroun, Suzie Laure Fopa Dongmo complète un baccalauréat en droit avant de quitter son pays natal pour poursuivre des études supérieures en Russie, où elle  obtient  une maitrise en sciences politiques et une opportunité en or de travailler dans le monde de la diplomatie tout en continuant ses études au doctorat. À mi-chemin de son parcours, Suzie est attiré par le Canada, un pays de droit et de liberté où il fait bon vivre et qui offre, semble-t-il, nombre de possibilités pour une travailleuse qualifiée. Pleine d’espoir, elle entame alors un processus d’immigration qui durera quatre ans.

Arrivée au Québec en 2012 avec ses deux enfants, Suzie désenchante rapidement. Sans expérience de travail ni diplôme québécois, et avec un nom à consonance étrangère, elle n’arrive pas à trouver d’emploi malgré toutes ses qualifications. Suzie nous raconte comment elle a dû retourner à la case départ et obtenir un diplôme d’études professionnelles pour finalement s’intégrer au marché du travail et subvenir aux besoins de sa famille.

WILHELM DUBUISSON – HAÏTI

Arrivée au Québec : 2011 - Statut : Citoyen canadien - Occupation : Employé de la fonction publique

« Vous avez dit immigrant illégal… vraiment ? »

Originaire d’Haïti, Wilhelm Dubuisson est arrivé au Québec il y a bientôt 10 ans et, à l’encontre de plusieurs de ses compatriotes, son intégration s’est déroulée sans heurts : Il a fait des études, s’est  trouvé un emploi, s’est marié et s’est installé à Lévis avec sa femme et ses deux filles. Mais il faut dire que Wilhelm n’est pas un immigrant «ordinaire». En effet, bien qu’il ait grandi en Haïti, Wilhelm est né à Montréal. Citoyen canadien, il était donc exempté de toutes les démarches ardues nécessaires pour obtenir un «permis d’entrée» lorsqu’il a décidé de revenir au Canada. Il ne se doutait pas alors que bien d’autres obstacles l’attendaient dans son pays natal!

Des interlocuteurs qui doutent quand tu leur dis que tu es Canadien avec un accent créole. Une conseillère financière qui t’explique trois fois que certains produits bancaires sont réservés aux résidents et aux citoyens canadiens. Des douaniers américains qui te font poireauter à la frontière parce que tu voyages avec un passeport canadien délivré à Port-au-Prince. Et surtout, des gens persuadés que tes parents ont été déportés et que tu es un immigrant illégal parce qu’ils n’arrivent pas à croire qu’on puisse naitre au Québec et retourner vivre en Haïti. Dans un contexte de désinformation médiatique où on évoque de faux statuts tels les « immigrants illégaux », Wilhelm, par le biais de sa propre histoire, nous rappelle que les parcours d’immigration sont beaucoup plus complexes et nombreux et que ce qu’on entend.